Le Sénégal et Mandela : le grand secret

Publié le 24/05/2021
AMADOU LAMINE SALL

DISCOURS D’AMADOU LAMINE SALL .  CÉRÉMONIE DE LANCEMENT DU LIVRE DE MAMOUDOU IBRA KANE :  « Le Sénégal et Mandela : le grand secret »


MUSÉE DES CIVILISATIONS NOIRES - VENDREDI 21 MAI 2021, 15H 30.



Je l’ai fait loger à l’annexe du Palais. Nous avons eu une audience seul à seul à la salle des masques du Palais présidentiel. Mme Vidia Diaité (de nationalité indienne mariée à un Sénégalais), une femme remarquable, compétente et à la discrétion absolue, était la seule personne à assister à l’audience. J’ai senti Mandela très préoccupé. Il m’exposa sa gêne d’argent en me disant : Monsieur le Président j’ai un problème urgent d’argent, je suis menacé d’expulsion de ma maison de Sowéto avec ma famille et mes petits-enfants risquent d’être renvoyés de l’école. J’ai exposé ma gêne devant mes camarades de l’ANC et tous m’ont répondu… Allez voir le Président Diouf.

J’ai immédiatement convoqué le premier ministre, le ministre des Finances et le ministre du Budget pour leur donner instruction de régler le problème. Je leur ai demandé de faire un prêt bancaire s’il le faut au cas où il n y aurait pas d’ordonnancement budgétaire. Dès que j’ai tendu le chèque à Mandela, il s’est levé, les larmes aux yeux et m’a dit : Merci Monsieur le Président. Je ne vous remercierai jamais assez pour le service que vous m’avez rendu.

C’est notre ancien  Président, le Président Abdou Diouf qui nous parle.

Le vendredi 13 janvier 2016, 19H et le mercredi 14 mars 2018, 16H 30, un certain journaliste rencontrait le Président Diouf et lui avait posé la question suivante : Monsieur le Président, est-ce vrai que le Sénégal, sous votre présidence, a soutenu financièrement Nelson Mandela pour acquérir une maison en Afrique du Sud ?

Mamoudou Ibra Kane de son nom, 03 ans plus tard, trouvera l’inspiration rêvée pour écrire sur Mandela. Ce sera « son Mandela » à lui.

Mes hommages déférents à vous Madame Aïssata Tall Sall, ministre des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, représentant Son Excellence Monsieur Macky Sall, président de la République.  Votre présence nous enchante. Vous êtes une lionne dans notre cœur. Dites au grand patron notre reconnaissance pour avoir rehaussé si haut par votre présence, notre cérémonie. Que nos prières allègent ses charges.

N’ayons pas peur de le dire, car c’est notre intime conviction pour un homme que nous avons le droit d’aimer : ce Président ne mourra pas le pouvoir au bout du poing  et l’épée dans la bouche. Il ne sera pas de ce sang ni ce rang. Que Dieu le guide et le garde.

Mes respects à vous Monsieur Abdoulaye Diop, le ministre de la Culture et de la Communication et dont la présence ici nous touche. Vous  connaissez mon estime et ma profonde affection pour un homme d’action, humble et bon.

Je dis souvent à cette belle et si magnifique communauté culturelle et artistique de notre grand petit pays, que, à tort ou à raison,  l’échec d’un ministre de la Culture est d’abord l’échec de cette communauté. Pour dire combien nous devons venir vers vous, non seulement vous solliciter mais vous apporter nos idées et nos rêves.

Un autre ministre de la Culture est à vos côtés. Celui du Burkina Fasso. Quelle heureuse coïncidence. Mamoudou Ibra Kane est désormais mon marabout. Nous vous disons avec respect et une haute considération, soyez donc le bienvenu, Monsieur le ministre d’un pays ami et qui était la seconde patrie de Ousmane Sembène et Ngaïdo Ba, entre autres figures bien-aimées, aujourd’hui disparues.

Mesdames et Messieurs les plénipotentiaires

Mesdames et Messieurs, si chers distingués invités, amis du livre, du rêve et de l’imaginaire, je vous salue avec empressement et respect.

Quand un éditeur reçoit un auteur déjà connu chez lui pour y avoir publié une première fois une œuvre de feu et de mémoire qui fut un succès d’édition : « Chronique d’une alternance de braises », vous imaginez son bonheur de le voir revenir avec un nouveau manuscrit.

Je fis un peu la moue en regardant le titre. Un livre sur Mandela ? Cela ne devait pas donner grand chose, même quand on est poli.

La question était simple : que pouvait-on encore et encore dire et écrire sur Mandela ? Tout a été dit et si bien dit !

Mais il faut toujours se méfier des Kane

L’enfant de Nguenaar-Bokidiawé avait un tour dans son sac !

Le Président Abdou Diouf ne s’était pas laissé attraper pour rien. Mamoudou Ibra Kane tenait son filon d’or. Sa magie avait opéré !

Vous connaitrez la suite en passant tout à l’heure prendre votre exemplaire avec une dédicace de l’auteur.  Il faut que l’on apprenne à se lire pour mieux se connaître, s’aimer, se respecter. Ce pays a besoin de l’esprit pour grandir. Les lumières qui s’allument tous les jours, toutes le nuits, n’éclairent plus rien. Seul l’esprit éclaire et apaise. Allons vers une vie savante !

Pour les citer de temps en temps et en faire sortir quelques uns de l’ombre, de nouveaux écrivains et essayistes, des créateurs et des penseurs d’altitude, ont produit de nos jours des œuvres puissantes que nos programmes scolaires doivent intégrer pour faire découvrir enfin de nouveaux maitres de l’esprit. Bien sûr et je le dis sans tarder : je ne crois pas à des œuvres et auteurs obsolètes, dès lors que leur productions ont gagné le cœur de l’universel : Saint Exupéry, Chateaubriand, Hugo, Pouchkine, Dickens, Senghor, Cheikh Anta Diop, et d’autres encore aux noms sonores.

De jeunes écrivains sénégalais sont arrivés. Ils sont d’inégale valeur, certes, mais tous sentent bon. Allez donc lire « Cœur en location », le roman, admirable œuvre de fiction du jeune auteur sénégalais, Abdoulaye Fodé Ndione. Je n’oublierai pas de citer une œuvre hors norme qui a réinventé le roman sénégalais, «  Sabaru Jinne : les tam-tams du diable » de Pape Samba Kane. Je citerais également - et il faut apprendre à les connaître désormais - Moustapha Dieng, Mohamed Mbougar Sarr, Faly Diaité Kaba, Amadou Lamine Ba, Almamy Camara.

Il est heureux que cette cérémonie autour de Mamaoudou Ibra Kane nous donne l’occasion de vous inviter à aller lire les meilleurs d’entre nous.

Le meilleur investissement économique de notre civilisation est l’investissement culturel. Si nous laissons faire le net, les écrans de télévision et les Smartphones, c’est la moutarde qui arrive au dessert. « Luy dox te taxawul, dina mesa aag fa mu jëm » ! Il sera alors trop tard ! Il nous faut tous quelque chose en nous de Senghor, Cheikh Anta Diop et de nos saints.

En recevant pour lecture le manuscrit de Mamoudou Ibra Kane, j’avais peur d’être déçu… Mamoudou Ibra Kane m’a comblé !

Le Président Abdou Diouf a bien fait de fermer un œil, mais un seul, sur une confidence qui a ouvert les portes de l’imaginaire à un formidable journaliste, curieux, audacieux, cultivé, intransigeant, ouvert, humble. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la vérité de ses compatriotes, de son espace de travail et des actes qu’il pose, qui l’affirment.

Le Sénégal est dans la lumière.

Le Mandela de Mamoudou Ibra kane publié en français et en anglais aux éditions feu de brouse, ouvre les yeux au monde sur un pays qui, depuis le prince des poètes, le réverbérant homme d’État Léopold Sédar Senghor jusqu’à l’éprouvé et tenace Président Macky Sall, a donné aux mouvements de libération et à leur leader, un soutien diplomatique international et une attention affective toute particulière.

Au moment où encore et encore nous regardons Israël et la Palestine s’éventrer devant une communauté internationale qui n’a que son dictionnaire de pleurs et de larmes pour appeler à une paix définitive et durable entre deux peuples nés d’un même État, car c’est bien la Palestine qui a été divisée en deux États, arabe et juif, par l’ONU en  novembre 1947, le Sénégal doit davantage être entendu, car il y a bien longtemps qu’il porte en lui le combat d’une Palestine libre.

Pour dire que ce pays n’a pas porté que Mandela et l’Afrique du Sud. Il porte l’espoir d’autres Afriques du sud et d’autres Mandela à venir !

Mandela n’est pas un homme, c’est un siècle, une histoire, une légende infinie. Mais, il n’a été également rien d’autre qu’un homme. Mamoudou Ibra Kane nous le démontre en révélant au grand jour ce qu’il appelle « Le grand secret ».

Le Président Abdou Diouf, je le sais, a un tout petit peu souffert quand Mamoudou a publié son livre et que l’on découvrait que lui, Abdou Diouf, l’homme posé, tranquille, sacralisant l’État, semblait avoir trahi quelque part quelque chose.

Non ! Monsieur le Président, vous n’avez rien trahi. Il arrive toujours un jour, dans l’histoire des peuples que la raison d’État finisse par révéler ce qui grandit les hommes à la rencontre des uns et des autres. Ce Mandela qui vous a choisi et qui a choisi le Sénégal ne l’a pas fait par hasard. C’est la marque de grandes valeurs éthiques et humaines qui l’a conduit au pays de la Téranga. Nous devons en être fiers.

Là ou ne le sommes un peu moins, c’est quand l’auteur Mamoudou Ibra Kane met sur la table le jeu et le décompte complexe et inégal des fonds secrets qui de Senghor à Macky Sall ont été les suivants : Sédar 680 millions de FCFA / Abdou Diouf : 650 milions de FCFA / Abdoulaye Wade : 8 milliards de FCFA, soit une montée en flèche et une augmentation de 7 milliards 350 millions de FCFA / Macky Sall, enfin : 9 milliards 360 millions de FCFA.

Mais passons ! J’ai appris, pour ma part, que seules les voies du Seigneur restent impénétrables et non celles des fonds secrets. Mandela en a bénéficié, ce qui a été, pour l’auteur, le prétexte rêvé de fouiller l’état présent et passé de notre trésorerie nationale.

L’ouvrage de Mamoudou Ibra Kane est à la fois un éloge, une caresse, des gifles !

Sans doute que Mamoudou Ibra Kane appelle t-il, sans l’avouer, qu’un jour un référendum ou une simple loi limite les fonds secrets tout en les laissant secrets, au nom de la sacro-sainte raison d’État ! Il nous faut toujours respecter l’État. Si le Président Macky Sall laissait cet héritage à ses successeurs, il sauverait, dit-on,  bien des plages d’emplois à créer. Voilà un joli legs aux futurs présidents de la République !

Présent, mémoire et avenir : Mamoudou Ibra Kane sous le prétexte de nous montrer un Mandela jusqu’ici inconnu, au delà de la légende, nous ouvre avec intelligence et malice le ventre mou de nos pays et de nos chefs.

Madiba clôture le débat et dit en confessant ceci : (…) j’ai dû détruire ce mythe, qui consiste à croire que j’étais un être extraordinaire. Mandela irréprochable ? A chacun sa réponse sans oublier que l’État nous dépasse et qu’il dépasse même ceux qui le gouverne.

Je vais conclure : 

Bravo à l’auteur et bravo à mon assistant aux éditions feu de brousse, Amadou Lamine BA qui a conduit ce livre jusqu’ici, dans ce fameux musée des civilisations noires qui a replacé le Sénégal au cœur de l’histoire culturelle et artistique des peuples noirs ! Mes respects à son Administrateur Général, l’ami et frère Hamady Bocoum. Le Mémorial de Gorée arrive, porté par un Chef d’État à la volonté politique exceptionnelle et touchante. N’est-ce pas Monsieur le ministre de la Culture ? Quelle formidable aventure autour de Macky Sall pour un projet qui date de Jésus.

Mon assistant m’a soufflé de ne pas oublier de remercier la Direction du livre et de la lecture et son incroyable directeur général à la poitrine rempli de foi. Un homme apaisé qui vous impose l’apaisement par contagion. Cette posture a éteint bien des incendies. Merci  au frère Ibrahima LO.

Il reste à vous dire, Monsieur le ministre en charge de la Culture et avec toute mon d’affection, que vous devez être l’homme de la grande réforme du Fonds d’Aide à l’Édition. Votre dévoué et compétent Directeur vous y aidera. Il a déjà les bonnes idées en poche. Faites le et vite ! L’histoire le retiendra.

Notre maison d’édition a été créée en 1995 et rien que pour aider à l’émergence d’une nouvelle génération de poètes sénégalais et africains. Chemin faisant, avec des partenariats dynamiques, nous avons décidé de couvrir le roman, le théâtre, les récits et nouvelles, les essais. Chez nous, l’édition est gratuite -tant pis pour nous- mais à condition que le pain soit comestible.

Sur 10 manuscrits, les 10 sont retournés le plus souvent, et avec respect, à leur auteur, avec toutefois et toujours, une note de lecture critique pour poursuivre et améliorer le travail ou l’abandonner.

Il faut savoir prendre le temps de travailler. Il y faut de la patience et du labeur. Écrire, c’est batailler pour chaque mot, chaque virgule. C’est d’abord un respect de soi-même. Nous ne souhaitons pas avoir dans notre catalogue des auteurs plus tard qualifiés d’anciens romanciers, d’anciens poètes. Cela ne peut pas exister. D’anciens Chefs d’État, oui, mais pas d’anciens écrivains. 

Quand vous demandiez une préface à Senghor et que par bonheur il acceptait de l’écrire, vous aviez un délai d’au moins deux ans pour recevoir votre préface. Wolé Soyinka le sait. Tchicaya le sait.

A partir de faits et de données historiques, Mamoudou Ibra Kane nous invite à ouvrir notre propre imaginaire sur nos héros et nos pays. En Afrique, hélas, nos journalistes, pour le plus grand nombre, ne sont que des preneurs de sons. Mais Mamoudou lui, sait qu’à la guerre, on ne meurt qu’une fois. En politique on meurt plusieurs fois.

Mamoudou, kou touki té kène namoula, so gnibissé kène doula térou !

Depuis ta première publication chez nous, on attendait ton retour. Nous sommes là et si heureux, si heureux de te fêter de nouveau.

Mesdames et Messieurs, si très chers invités et amis du livre, ne nous trompons pas de vedette en ce jour : ce n’est pas Mandela mais Mamoudou Ibra Kane qui habite notre cœur aujourd’hui.

En ce vendredi saint, que Dieu vous garde tous ici présents et qu’IL garde ce si beau pays que l’on dit souvent désespérant mais jamais désespéré. Le Sénégal est  beau et unique ? UBUNTU ! UBUNTU ! Merci à Mamoudou Ibra Kane pour cette journée de lumière et de l’esprit !