Deux ans de contestation populaire inédite en Algérie

Publié le 20/02/2021
AFP


Alger - Du début en février 2019 du mouvement de contestation populaire Hirak, qui a entraîné la chute d'Abdelaziz Bouteflika, à la libération vendredi de plus de 30 détenus d'opinion, dont le journaliste Khaled Drareni, deux ans de contestation inédite en Algérie.

Le 22 février 2019, des milliers d'Algériens manifestent dans les grandes villes pour protester contre l'annonce par le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies mais très affaibli depuis un AVC en 2013, qu'il brigue un 5e mandat.

Le 10 mars, le chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah, qui avait jusqu'alors multiplié les mises en garde envers les manifestants, affirme que l'armée "partage" les "mêmes valeurs" que le peuple.

Le lendemain, M. Bouteflika renonce à se présenter à la présidentielle.

Quatre jours plus tard, des manifestations monstres ont lieu dans 40 des 48 préfectures du pays. Des diplomates évoquent "des millions" d'Algériens dans les rues.

Le 2 avril, M. Bouteflika démissionne.

Les manifestations continuent, appelant au départ d'Abdelkader Bensalah (président du Sénat), de Taïeb Belaiz (président du Conseil constitutionnel) et Noureddine Bedoui (Premier ministre), trois hommes clés à qui la Constitution confie les rênes de l'intérim.

Le 9, Abdelkader Bensalah est nommé président par intérim. Les défilés se poursuivent.

Le 20 mai, le général Gaïd Salah, nouvel homme fort du pays, rejette les principales demandes du Hirak: report de la présidentielle convoquée le 4 juillet et départ des figures honnies du "système" en place depuis l'indépendance en 1962.

Le 2 juin, faute de candidats, le Conseil constitutionnel annule la présidentielle.

Les Algériens continuent à manifester massivement et pacifiquement tous les vendredis, en particulier à Alger.

Le 18 septembre, l'armée durcit le ton, indiquant qu'elle empêchera désormais les manifestants des autres régions de se joindre aux cortèges d'Alger.

Le 25 septembre, un tribunal militaire condamne Saïd Bouteflika, le frère du président, influent conseiller et perçu comme un successeur possible, et deux puissants ex-chefs du renseignement à 15 ans de prison pour "complot". En janvier 2021, Saïd Bouteflika a été relaxé, comme ses coaccusés, mais il doit encore être jugé pour corruption.

Des enquêtes pour corruption et népotisme ont été lancées après la démission de M. Bouteflika, conduisant à de multiples procès médiatisés.

En novembre 2019, Human Rights Watch, entre autres ONG, dénonce une "répression généralisée".

Le Parlement européen condamne "l'arrestation arbitraire et illégale", "les intimidations et les attaques" de syndicalistes, défenseurs des droits humains et manifestants.

Le 12 décembre, Abdelmadjid Tebboune, un ancien fidèle de M. Bouteflika, remporte l'élection présidentielle massivement boycottée par l'opposition. Il invite le Hirak au dialogue mais les protestataires le conspuent.

Le 20 mars 2020, pour la première fois depuis le début de la contestation, les rues d'Alger sont vides, après l'interdiction des rassemblements pour lutter contre le Covid-19. La progression de l'épidémie oblige les contestataires à suspendre les marches.

Le 1er novembre, le "oui" l'emporte au référendum sur une révision constitutionnelle -- projet phare de M. Tebboune --, mais le scrutin est sanctionné par le taux d'abstention le plus élevé de l'histoire de l'Algérie. Le référendum se tient en l'absence du chef de l'Etat, atteint du Covid-19 et hospitalisé jusqu'à fin décembre en Allemagne.

M. Tebboune doit retourner à Berlin pour se faire soigner de "complications" post-Covid au pied droit. Il regagne Alger le 12 février 2021.

Le 16, des milliers de personnes manifestent à Kherrata pour le deuxième anniversaire du Hirak. Deux ans plus tôt, c'est dans cette ville de l'est de l'Algérie qu'avait eu lieu la première marche, étincelle de la fronde qui devait ensuite gagner tout le pays.

Le 18, le président Tebboune fait un geste d'apaisement en graciant des dizaines de détenus d'opinion et appelle à des élections anticipées pour faire face à la crise politique. Il promet un remaniement ministériel alors que des appels à manifester le 22 dans toute l'Algérie circulent sur les réseaux sociaux.

Le 19, plus de 30 détenus d'opinion sont libérés, dont Khaled Drareni, condamné à deux ans de prison en septembre et devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie.